Écluse à poissons sur l'île d'Oléron
La récolte des huîtres et la pêche ont de tous temps servi de nourriture de base aux habitants de l'île d'Oléron. En raison de la présence d'un estran rocheux, sur une partie de leur île, (pointe de Chassiron et partie ouest de l'île) les Oléronais ne pouvaient utiliser les filets pour la capture des poissons. Ils ont alors tiré parti de cette barre rocheuse en contruisant des ouvrages côtiers en pierres, les écluses à poissons. Afin de briser la force des vagues, ils donnèrent formes demi-circulaire ou angulaire à ces écluses, luttant ainsi contre l'érosion et la modification de la ligne de côte.
À partir du 14ème siècle, le rivage demeure la propriété du seigneur local. Ce dernier accorde aux insulaires le droit de construction et d'exploitation des pièges à poissons et le terme écluse est alors usité. En contre-partie, le seigneur perçoit une rente, doublée d'une redevance en nature réglée avec les plus beaux poissons. Au cours du 16ème siècle, le rivage devenu un domaine royal et inaliénable, le titre de concession est accordé par le roi. Du 17ème siècle à nos jours la gestion des écluses incombe aux affaires maritimes.
L'écluse ressemble souvent à un fer à cheval dont les extrémités sont reliées à la plage. La "foue" correspond à l'espace intérieure de l'écluse. Elle peut atteindre plus de six ha. La longueur du mur peut aller de quelques centaines de mètres à plus d'un kilomètre pour une hauteur de plus de trois mètres. L'écartement entre les bras appelé ouverture varie elle de 100 à 500 m. La distance de la plage à la partie médiane de l'écluse atteint 450 mètres environ. Autrefois certaines écluses possédaient une foue haute et une foue basse offrant ainsi la possibilité de pêcher à des coefficients de marée différents.
L'ouvrage côtier est réalisé à l'aide de pierres assemblées entre elles sans aucun liant, c'est la technique du mur en brique sèche. Les éclusiers commencent par la base du mur sur laquelle ils élèvent deux rangées parallèles qui se rejoignent par le haut. Puis ils comblent l'intérieur du mur avec des pierres roulantes. Le tout étant prélevé sur l'estran rocheux tout proche. Sur le pourtour de l'écluse sont aménagées des clés, grosses pierres plates disposées perpendiculairement au mur ayant pour but de stopper les brèches. Pour permettre l'écoulement de l'eau à marée basse, des ouvertures sont placées dans le mur (les boucheaux ), elles sont munies de grilles destinées à piéger le poisson, et protégées par des murets appelés ailes. Le fonctionnement d'une écluse est simple, le mur d'enceinte est entièrement recouvert à marée haute. Lors de la marée basse, l'eau retenue par ce même mur, s'écoule par des trous munis de grilles. Ces dernières bloquent ainsi la sortie aux poissons qui peuvent être alors capturés. La pêche se pratique à marée basse, quand l'écluse se vide, et que le poisson est dirigé par les coursières vers les pêcheries.
L'équipement de l'éclusier comporte une corbeille, la trioule, l'espiote et la fougne. La pêche a lieu de jour comme de nuit toujours en fonction de la marée basse. L'éclusier capture les poissons réfugiés dans les casses -sortes de flaques d'eau dans le rocher- à l'aide de la trioule, un filet à deux manches.
L'espiote est une lame de fer forgé à l'extrêmité recourbée sert à assommer les poissons. L'éclusier l'utilise aussi pour débusquer les poissons cachés sous les blocs de pierre. Ces derniers sont alors harponnés à l'aide de la fougne sorte de harpon à deux brins.
Inventaire des poissons pêchés
Anguille, bar, hareng, maquereau, sardine, mulet, raie, sole, plie, rouget, saumon, seiche.
Lexique
Aile de Boucheau : petit mur renforçant et protégeant les boucheaux.
Balise : piquet planté dans le mur et signalant celui-ci aux bateaux.
Bassée : réservoir d'eau de grande taille naturel ou creusé dans le rocher où l'eau reste à marée basse.
Bras : côtés de l'écluse souvent perpendiculaires au rivage, leur écartement détermine l'ouverture de l'écluse.
Boucheau ouvert : ouverture munie d'une grille aménagée dans le mur et par où sort l'eau.
Boucheau ponté : ouverture du mur recouverte d'un linteau de pierre, ce type d'ouverture a l'avantage de ne pas affaiblir le mur.
Casse : flaque d'eau dans le rocher qui n'a ni forme ni aménagement particuliers.
Chasse : égout évacuant l'eau à l'extérieur de l'écluse.
Clef : agencement particulier des pierres dans le mur qui introduit une rupture dans la construction et a pour but d'arrêter les brèches en formation.
Couete : petit boucheau situé dans le bras de l'écluse.
Coursière : petit canal naturel ou creusé dans le rocher permettant de faire circuler l'eau efficacement vers les boucheaux.
Foue : partie active de l'écluse où se situent les pêcheries.
Mur : édifice en pierres sèches dont la solidité est assurée par un calage judicieux.
Muret : petit mur bas entourant les réservoirs ou canalisant l'eau dans les coursières.
Pêcherie : partie creuse formant un réservoir d'eau entourée de murets et facilitant la prise de poissons.
Tas d'attirance : tas d'algues retenu par des pierres attirant les poissons en se décomposant.