Dax(1) doit sa réputation de station des rhumatismes à sa boue thermale, le péloïde de Dax. Si on peut considérer que les conditions de sa préparation ont toujours existé sur les berges de l’Adour, il faut attendre le début du XVIIIème siècle pour retrouver la trace d’un véritable établissement thermal di des « bagnols ». Par la suite, les modalités de production de la boue thermale ont évolué pour faire face à la progression constante de la fréquentation : de la cueillette du péloïde sur les bords du fleuve, en passant par les bassins de maturation, on est arrivé aujourd’hui à un procédé de préparation de type pharmaceutique garantissant un produit régulier aux caractéristiques contrôlées et respectant toujours les éléments naturels et spécifiques de la station : le limon de l’Adour, l’eau minérale et les algues thermales de Dax.
Il est coutume de dire « la boue de Dax existe depuis toujours ». C’est certainement vrai. La rencontre des eaux minérales chaudes venues de la profondeur et du Limon de l’Adour sur la rive gauche du fleuve est possible depuis longtemps, c'est-à-dire depuis que la géologie et l’hydrologie ont fixé et le diapir de Dax et le cours de l’Adour. Cependant, qu’en est-il de leur utilisation ?
Si plusieurs textes anciens laissent imaginer la magnificence des thermes antiques, on ne sait rien des techniques de soins de boue. Ils ne devaient pas être loin du pataugeage évoqué par la légende tardive du chien du légionnaire. Ainsi le Sieur Du CLOS, conseiller et médecin ordinaire du Roy, qui fait en 1670 et 1671 des observations des eaux minérales de plusieurs provinces de France, ne relate même pas l’existence de Dax dans son ouvrage. En 1742 pourtant, De SECONDAT fait des «observations de physique et de chimie sur les eaux chaudes de Dax» et en 1771, Robert de HESSELN, inspecteur de l’Ecole Royale Militaire, dans son Dictionnaire Universel de la France cite «des boues arrosées par des eaux chaudes et minérales» «souveraines pour la guérison des rhumatismes» mais également le «joli bâtiment» des «Bagnols» terminé en 1724, avec notamment «huit lits pour les personnes de distinction».
Au XIXème, c’est de nouveau moins luxueux. Ainsi, si on se réfère au Docteur Félix ROUBAUD qui visite les stations françaises en 1859. Il note : "il n’existe pas à Dax un établissement thermal à proprement parler, on n’y rencontre que des bassins et quelques baignoires en mauvais état, abritées par des baraques en planches. Les eaux de Dax sont surtout employées en bains et en douches; on y utilise aussi les boues".
En 1861, le Docteur Constantin JAMES lors de son périple à travers l’Europe observe pour la Fontaine Chaude que "les abords en sont souillés par des dépôts de toute nature et le plus souvent immondes. Aussi quel malade serait tenté de venir suivre une cure ?". Il relève toutefois que près de la source des Fossés sont disposées là quelques baignoires de sapin. Les gens du pays y viennent aussi prendre des bains de boue, car on a creusé dans la terre, détrempée par l’eau thermale, plusieurs trous où l’on peut s’asseoir et même s’étendre : ces bains, j’allais dire ces cloaques, sont assure-t-on, souverains contre le rhumatisme, seulement il faut un certain courage pour y avoir recours».
On peut constater après ces constats, ont-ils été un facteur déclenchant, que Dax renoue alors avec des travaux menés sur les eaux et les boues de Dax : SERRES (1876, 1880, 1882), BARTHE DE SAND FORT (1883, 1886), GARRIGOU (1883), LAVIELLE C. (1885), THORE (1885), LAVIELLE A. (1888). Ils contribuent à la notoriété des produits de la station, à tel point qu’elle accueille du 1er au 6 mai 1882 le premier congrès scientifique de Dax, dont une séance est consacrée aux boues thermales. De façon concomitante, les bâtisseurs des premiers grands établissements thermaux modernes se mettent en action avec une certaine émulation : Baignots, Thermes, Dax Salins, Institut de Mécanothérapie,… sont construits et font de DAX la station de la boue.
Avec le tournant du siècle, les publications s’accélèrent sous l’impulsion notamment de DELMAS, des LARAUZA et des LAVIELLE. Le début du XXème siècle est ainsi riche de textes écrits le plus souvent par des médecins et consacrés aux produits thermaux de la station. La réputation de Dax est alors bien établie, même si sa fréquentation demeure encore modeste. La Journée Médicale de Dax le 26 octobre 1929, la Journée du Sel le 3 octobre 1943 et les Journées Gynécologiques de 28 et 29 mai 1944 lui confèrent également un statut de station scientifique. Il sera confirmé par la tenue à Dax du 13 au 16 octobre 1949 d’une conférence internationale sur les boues thermales.
Pour la boue thermale, après une gestion provisoire par l’Office de Tourisme, sa production échoit à une Régie Municipale des Boues, qui reste encore aujourd’hui le seul exemple national. Un procédé de préparation est formalisé reprenant le principe envisagé par les travaux de LAPORTE. Il permet la production du Péloïde de Dax en quantité propre à satisfaire la demande des établissements thermaux et donc la progression de la fréquentation de la station. Celle-ci explose et permet de passer de 5 000 curistes à plus de 50 000 en moins de 50 ans et fait de Dax en 1987 la première station thermale de France.
Après 15 années d’efforts de recherche, la réalisation d’essais, les tests en situation réelle pour tenir compte de l’avis de l’utilisateur (le curiste) et de l’applicateur (l’agent thermal) ainsi que de la recherche de financement et enfin l’adhésion au projet des élus municipaux et des établissements thermaux, la décision est prise en 1995 d’engager le programme. Les travaux commencent en 1998. La nouvelle chaîne de préparation est opérationnelle en novembre 2000 et les derniers curistes de l’année bénéficient du nouveau produit. Tous les établissements thermaux de Dax sont approvisionnés à compter du 1er janvier 2001. A ceux–là, s’ajoutent au 1er Janvier 2002 les établissements du groupe Thermes Adour de Dax et de Saint Paul Lès Dax. Il y donc aujourd’hui unicité du péloïde de Dax sur l’agglomération, 68 000 curistes sont concernés soit environ 13 % de la fréquentation du thermalisme français.
Aujourd’hui, le péloïde de Dax est le résultat d’un procédé de type pharmaceutique. Il permet d’obtenir une boue thermale aux caractéristiques constantes, avec une phase biologique plus riche et des caractéristiques sanitaires tout à fait satisfaisantes. Il permet également de réaliser des productions importantes, que la nature seule n’aurait pas permis d’atteindre, pour en faire profiter des curistes sans cesse plus nombreux.
Dans le mode d’application, si le bain de boue a disparu à cause du désintérêt du curiste, la mise en pratique d’un soin de péloïde individualisé a permis de répondre à la demande du curiste qui préfère des soins individualisés. Toutefois contrairement à d’autres stations, Dax a conservé une application directe du péloïde au contact de la peau. On peut considérer que sur un plan physique (granulométrie, plasticité, comportement thermique...), il n’y a pas lieu d’attendre de bouleversement dans une éventuelle évolution de la préparation du péloïde. Par contre sur un plan biologique, la recherche se poursuit. En effet, les algues thermales sont la spécificité de la boue de Dax, qui reste au niveau européen un des derniers péloïdes préparés. C’est sur elles que porte l’essentiel des travaux menés par la Régie des Boues.
(1) Source : LE PELOÏDE DE DAX : OU EN EST-IL EN 2005 ?
par P. Counilh – JL. Gibert – R. Viale Régie Municipale des Eaux 40100 Dax