Vers 1650, les moines bénédictins quittent le prieuré de Mimizan. Les causes de ce départ nous sont obscures. Auraient-ils été appelés par l'abbaye de Saint-Sever qui manquait de religieux ? Auraient-ils fui devant l'avancée du sable qui ensevelissait les cultures et les habitations ? Suite à cet abandon, l'église se délabre les curés manquent d'argent pour effectuer les réparations. En 1671, on réduit le nombre d'autels pour n'en garder que trois. En 1731, le curé Bouty s'inquiète de l'état de vétusté du toit du clocher-porche. Il sera remplacé vers 1740 par une toiture à deux pans à faible pente. En 1734, un orage ébranle le clocher de la croisée du transept.
En 1770, ce clocher est renversé par un nouvel ouragan. Les lézardes apparaissent de plus en plus nombreuses au niveau du chevet et le curé Loste nous dit en 1778 que sa " ruine est inévitable et sans remède ". Douze ans plus tard, le clocher de la croisée s'effondre et entraîne dans sa chute le transept et le chœur.
Parallèlement à cette phase de délabrement de l'église, une autre menace se présente : le sable. En effet, en 1778, la dune a déjà recouvert le jardin du curé et n'est plus qu'à 9 mètres du clocher Porche et à 12 mètres du Presbitère. Les dunes arrêtent également les eaux qui transforment les prés en marécage. Cette menace va cependant être enrayée à partir de 1783 grâce aux efforts des habitants pour fixer la dune.
De la ruine à la restauration : XIXe et XXe siècles
Suite à l'effondrement du chevet, des travaux de restauration sont menés. Entre 1805 et 1818, le gros œuvre est effectué afin de parer au plus urgent. La nef est fermée par un mur de refend au niveau de la quatrième travée orientale. La toiture est restaurée et des autels provisoires sont installés. Ensuite, vers 1825, les travaux vont s'attacher à parfaire l'intérieur en construisant une sacristie, des fonts baptismaux et trois autels en stuc.
En 1846, les deux cloches sont fêlées. En 1852, c'est l'ensemble du clocher-porche qui montre des faiblesses. Il sera alors entièrement restauré de 1852 à 1856 depuis les murs jusqu'à la charpente en passant par certaines moulures du tympan.
Malgré ces réfections, l'état de l'église alarme encore la municipalité en 1866. En outre, l'édifice est devenu trop petit pour la paroisse de Mimizan. Un projet de restauration et d'agrandissement est alors envisagé mais sera refusé en raison du prix excessif des travaux. On se contentera donc d'une réparation rapide de la toiture et d'un renforcement des murs par des contreforts. Ces travaux ne sont pas suffisants et l'église continue de se dégrader si bien qu'un rapport de 1887 préconise la construction d'une nouvelle église.
En 1897, le conseil municipal ordonne la démolition de la nef qui sera effectuée deux ans plus tard. Le clocher va échapper de justesse à la démolition car en 1902, sa destruction est demandée. Heureusement, il va être sauvé par la décision des monuments historiques qui classent le portail en 1903. Suite à cet événement, le portail sera restauré en 1907. La réelle restauration du clocher-porche va commencer en 1981.
En 1986, les travaux menés sur le bâtiment seront terminés. C'est à ce moment-là que le bâtiment est classé Monument Historique car, auparavant, seul le portail possédait ce titre (donné en 1903). Après 1996, les restaurations s'attaquent aux sculptures et aux peintures du portail et devraient se finir courant 2001. Très récemment (année 2000), l'UNESCO a décidé d'inscrire le clocher-Porche de Mimizan au patrimoine mondial de l'humanité.
Le clocher-porche
La partie occidentale de l'édifice est actuellement la seule qui soitconservée. Elle possède un clocher porche, entièrement construit en briques, de forme approximativement carrée (6,90 m x 6,38 m). Les angles nord-ouest et sud-ouest sont contrebutés par des contreforts à deux ressauts situés dans le prolongement des murs. Les façades ouest, nord et sud sont ouvertes par un arc brisé en briques à double ressauts.
Le mur oriental est percé par un portail sculpté qui permet l'accès à la nef. La partie basse du clocher possède une voûte d'ogive quadripartite dont les nervures reposent sur des corbeaux sculptés. Entre cette voûte et le toit, il existe une salle haute ouverte par de petites fenêtres rectangulaires. On accède à cette pièce par une tourelle d'escalier aménagée dans l'angle nord-ouest de l'église.
Le mur ouest du clocher
La baie ouest mesure environ 7 mètres de hauteur pour une largeur d'environ 3 mètres 60. Elle est constituée d'un soubassement sur lequel repose un piedroit aménagé dans le mur. Pseudo-chapiteau de la baie ouest du clocher-porche. Clocher-Porche de Mimizan. Photographie Musée de Mimizan.Il existe un " pseudo-chapiteau " formé de trois briques en saillie à partir duquel part l'arc brisé.
Les murs nord et sud du clocher
Les deux baies de ces façades sont les plus larges puisque leurs ouvertures mesurent 5 mètres. Elles possèdent des colonnes géminées qui sont situées de part et d'autre des retombées des arcs brisés. Ces colonnes reposent sur le même soubassement qui supporte les colonnes du portail oriental. Elles sont couronnées par des chapiteaux sculptés à demi engagés dans le mur. Comme pour leurs soubassements, les abaques des chapiteaux sont situés à la même hauteur que les abaques des chapiteaux du portail.
Les murs est du clocher
L'ébrasement de la baie du mur oriental comporte trois colonnes et quatre colonnettes alternativement distribuées en fonction de leur rôle structurel. En effet, les colonnes soutiennent les trois voussures proprement dites tandis que les colonnettes sont situées aux retombées des cordons qui séparent les voussures.
Le mur oriental est parcouru par un soubassement et une corniche. Ce soubassement, que l'on retrouve au niveau des baies nord et sud, supporte les colonnes et les colonnettes du portail. La corniche, quant à elle, est située dans le prolongement des abaques des chapiteaux du portail et, indirectement, avec ceux des chapiteaux des baies nord et sud.
De chaque côté du portail, cette corniche accueille deux statues en rond-de-bosse d'apôtres qui sont semblables à celles de la galerie supérieure. En effet, au dessus du portail proprement dit, on trouve une galerie composée d'une statue du christ en gloire et de dix de ses apôtres. Elles reposent sur un deuxième ressaut aménagé dans la totalité du mur. Entre cette galerie et l'arc formeret de la voûte, le mur a été décoré de peintures murales.
La nef
La nef comportait un vaisseau central formé de quatre travées approximativement carrée (6 m x 6 m). Elle était bordée par deux collatéraux constitués de quatre travées de plan rectangulaire. Les murs goutterots possédaient des contreforts plats à ressauts qui étaient situés dans le prolongement de chaque travée.
Le clocher porche et la tourelle d'escalier contribuaient également à renforcer l'édifice. L'ensemble de la nef était construit en brique. Le premier étage de l'élévation était formé par un série de quatre grandes arcades qui s'ouvraient sur les collatéraux. Au dessus de cet étage, il existait un mur aveugle.
Le vaisseau central
Les piliers des grandes arcades ont tous une forme identique : un noyau carré flanqué de quatre dosserets à ressauts. Cette disposition permet de recevoir chaque élément structurel de l'élévation (arcs doubleaux, nervures ogivales ou arcs des grandes arcades). En guise de chapiteaux, les piliers ne possédaient qu'une moulure faite de trois briques en saillie.
Les arcs des grandes arcades étaient brisés et possédaient soit un profil simple (plat) soit plus complexe (méplat contourné de deux tores entre deux moulures). La nef était couverte par une voûte d'ogive assez plate en brique. Le profil des nervures était formé par un gros tore entouré par trois tores plus petits. La clef de voûte était plate et dépourvue d'ornementation.
Le chevet
Le transept devait être formé par trois vaisseaux d'une seule travée de plan carré. Les quatre piliers de la croisée du transept soutenaient un clocher monumental. Les deux croisillons devaient être un plus plus large que la nef si bien que le transept devait faire saillie par rapport au reste de l'édifice. Cependant, les proportions exactes de ce transept sont encore mal connues et l'existence de portails à leurs extrémités n'a pas pu encore être démontrée.
L'absence de documentation historique et archéologique empêche de connaître précisement le plan et l'élévation du choeur. Il possédait probablement une abside centrale située dans l'axe de l'église. On estime que sa longueur devait approcher les 12 mètres pour une largeur identique à celle du vaisseau central de la nef, soit 6 mètres.
Cette abside était flanquée par des absidioles qui s'ouvraient sur la nef. Le nombre exact de ces absidioles n'est pas encore résolu et dépend en partie de l'étendue du transept que l'on considère. Pour E. Goyheneche, il aurait existé quatre absidioles tandis que pour B. Bizot, il n'y en aurait eu que deux. Il est probable que l'abside, et peut être aussi les absidioles, aient été précédées d'une travée droite.
Du point de vue du mode de construction, il se pourrait que la garluche et les pierres coquillières ne furent plus employées que dans le reste de l'édifice construit quasi exclusivement en brique.
Le style et les influences
La présence d'un clocher-porche sur la face occidentale de la nef s'inscrit dans une longue tradition carolingienne qui sera largement reprise à l'époque romane et gothique. De même, le chœur échelonné de l'église de Mimizan reprend le modèle utilisé par la majorité des maîtres d'œuvre bénédictins. Il est issu de l'église de Cluny II construite au XIe siècle.
En revanche, le mode de voûtement de la nef est beaucoup plus original. En effet, ce modèle basé par des berceaux transversaux dans les collatéraux contrebutant le vaisseau central voûté d'ogive ne possède pas d'équivalent dans les Landes. Ce parti s'apparente à celui qui fut adopté par de nombreux architectes romans du Poitou. Mais il est surtout très proche du parti qui avait été choisi, à la fin du XIIe siècle, pour édifier la nef de la collégiale de Saint-Seurin de Bordeaux.
La voûte d'ogive du clocher porche de Mimizan est archaïque. Les nervures toriques sont grosses et la clé de voûte ne porte pas de décor particulier. Si l'on recoupe cette impression avec le portail sculpté qu'il abrite, on peut faire remonter la construction du clocher porche au début du XIIIe siècle.
Contrairement aux édifices gothiques du Gers, l'emploi de la brique pour la construction monumentale dans les Landes est rare. En outre, ce matériau apparaît tardivement dans ce département puisque les premiers exemples connus datent du XIVe siècle (Eglise de Villeneuve-de-Marsan, Façade de Sainte-Quitterie d'Aire-sur-l'Adour). L'église de Mimizan serait donc le premier édifice landais employant la brique comme élément fondamental de construction.
Sculptures du portail
Le premier niveau du portail est constitué par des colonnettes qui jalonnent l'ébrasement de la baie. Leurs chapiteaux sculptés forment une corniche sur laquelle repose le deuxième niveau du portail. Il est constitué d'un tympan orné d'une scène de l'adoration des mages et de trois voussures représentant respectivement la parabole des vierges sages et folles, des prophètes, et un cycle du zodiaque doublé des travaux des mois. Des cordons décoratifs sont intercalés entre les archivoltes.
Sculptures de la galerie
En dessus du portail proprement dit, on trouve 12 statues d'apôtres entourant un Christ au tétramorphe. Dix des apôtres sont situés sur le même ressaut du mur que le christ et deux d'entre eux sont placés en dessous, sur la corniche du premier ressaut. Ces deux apôtres garnissent donc les écoinçons du portail. La raison précise de cette position à deux niveaux des apôtres n'est pas encore résolue.
Cet ensemble vient-il d'ailleurs d'un portail qui s'élevait sur le côté sud de l'église par exemple ? La Tour-porche n'était-elle pas prévue dans le programme original de l'église obligeant ainsi à descendre deux statues dont la place était désormais occupée par des murs ? Ou s'agit-il de la position d'origine, trahissant alors une influence navarraise ?
Issu du mot grec Apostolos, apôtre signifie " envoyé " et correspond aux disciples que le christ a envoyés dans le monde pour témoigner de sa grâce, de sa résurrection et de son Evangile.
Le nouveau testament présente 12 apôtres :
André, Barthélemy, Jacques le Majeur, Jacques le Mineur, Jean, Judas Iscarioth,
Judas Thaddée, Matthieu, Pierre, Philippe, Simon, Thomas.
A cette liste sera ajouté Matthias qui remplacera le traitre Judas Iscarioth et plus tard, on a donné le nom d'apôtre à des saints qui ont poursuivi l'évangélisation des nations comme Saint Paul, Saint Martin ou Saint Boniface.
Le nom de chaque saint est inscrit sur le mur et facilite ainsi leur identification car certains personnages ne portent pas d'attribut iconographique spécifique. Or, d'après ces indications, deux des apôtres cités dans le nouveau testament n'ont pas été représentés. Il manque en effet Judas Thaddée et Jacques le mineur. Ils ont été remplacés par Saint-Paul et Barnabé
Comme pour les petits personnages sculptés du portail, l'artiste a introduit une grande diversité dans la composition des sculptures. Cette diversité s'exprime par la taille des apôtres, par l'orientation et la morphologie des têtes (âge, cheveux, barbe, forme des yeux,…), par la position et l'action des mains ou encore par la disposition des drapés. Ces petites variations créent une impression de vie qui contraste avec la position figée du christ. En effet, comme pour la vierge du tympan, sa position strictement frontale lui donne une expression intemporelle.
Origine des sculptures
L'influence espagnole
Cette approche stylistique du portail et de la galerie de Mimizan a particulièrement bien été étudiée par J. Lacoste. Cet auteur voit tout d'abord une origine stylistique espagnole dans les statues de Mimizan et plus particulièrement avec l'une des œuvres majeures de la fin du XIIe siècle : le porche de la gloire de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle réalisé par le Maître Mathieu. Cette influence est visible dans la forme et le port des manteaux (drapés volumineux, chute en cascade), dans l'aspect des plis (gras), dans la physionomie des têtes (structure rectangulaire) et des corps (un peu lourds). Les bandeaux décoratifs montrent également de grandes similitudes entre ces deux oeuvres.
Ces ressemblances témoignent donc de la connaissance approfondie du sculpteur de Mimizan pour le travail du maître espagnol. Il est donc fort probable que le sculpteur de Mimizan ait participé au chantier de la cathédrale de Saint Jacques avant de venir travailler à Mimizan. Si cette hypothèse est juste, l'ensemble du portail de Mimizan pourrait dater du début XIIIe car le portail de la gloire a été terminé peu après 1200.